dimanche 30 janvier 2011

IPSA LINGUA : "LA LANGUE ELLE-MÊME".




    J'avais de moins en moins à dire. Trop nombreuses, trop superposées étaient les voix présentes ; bien des voix passées ne me hantaient plus. Comme je n'avais appris qu'à parler, je me demandais que faire de mon silence. Noyé dans la logorrhée de mon époque, je décidai brutalement de me hisser hors de l'eau ; et je ne touchai pas terre pour autant. Je me trouvai moi aussi à surfer, à marcher sur les eaux. 
    De la logosphère à la blogosphère, il n'y avait eu qu'un sursaut, un coup d'épaule. Qui sait, un réflexe de survie ? Je m'aperçus alors que mon silence demeurait intact ; que seule la langue que j'utilisais en prenait à son aise. Voilà que je l'entretenais, la polissais parce qu'on l'usait trop : je m'étais fait la femme de ménage de la langue française. Ou j'étais le cheminot retraité qui entretient avec amour une locomotive de collection, la faisant souffler parfois comme une baleine de métal.
    Quant à mon silence, j'espérais que ce fût lui qui ajoutât ma voix au concert. La contradiction ne me semblait qu'apparente. Je savais que dire une chose était taire les autres ; alors que regarder quelqu'un dans les yeux, ou même un animal, est lui dire tout de soi. M'avançant dans la foire aux mots, à mes propres mots, je me disais que mon temps, clonant verbe et image, bruissant et filmant de toutes parts, était le plus silencieux de tous les temps. Le devoir était tracé. Il fallait que mon silence y fît du bruit.  
    

1 commentaire:

  1. Oui, cela me fait penser à une phrase d'Yves Bonnefoy : " ... une parole si expressément close que toujours au bord du silence..." ou quelque chose comme cela.
    C'est dans l'Arrière-Pays, mais je vais partir en quête de la référence exacte.

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