vendredi 1 juillet 2011

DE ORBE TERRARUM

    En latin c’était après Cicéron que HUMUS était devenu TERRA ; en français, sous moi-même que la TERRE était devenue la PLANÈTE sans que nul ne prît médiatiquement la peine de m’atteindre pour relever cette évolution.
    



     HOMO, homme, était une forme fléchie de HUMUS (la terre, donc ; on pensait au serf attaché à la glèbe). Je vous laissais deviner l’évolution morale du dérivé HUMILITAS qui, non, ne relevait pas que du christianisme, lequel n’avait eu qu’à recueillir l’héritage.
    “La terre est basse” était aussi vrai pour les grands-mères romaines, pour les conquérants de l’Éverest et pour Saint-Bernard. Ainsi la Terre était le lieu de l’homme, ou le lieu pour l’homme, son habitat, sa possession. Il en était ainsi pour la tradition sémite dans la Genèse. Allant chercher dans d’autres familles de langues - car les langues étaient des marqueurs exemplaires de la disparité humaine -, trouverions-nous la même donnée, déclinée de façon comparable ?
    Attention au polythéisme. HUMUS, maison de HOMO, était habitée par les divinités (une nymphe pour un arbre, par exemple, et il était difficile de mesurer si une nymphe différente habitait chaque chêne rouvre, par exemple, ou s’il y avait une nymphe du Chêne rouvre, ce qui, autrement dit, couvrait notre notion d’espèce biologique, ou encore si un unique chêne rouvre était sacralisé à la suite de telle indication des dieux, pour représenter son “espèce” entière).
    Tandis que chez les monothéistes, la Terre avait été donnée à l’Homme, et toute espèce vivante ou tout composé minéral faisait partie du cadeau.
    Aucun prophète chez les tenants du monde DES dieux. Nul besoin de truchement sinon les signes.
    Le monothéisme rendait l’homme à la fois possesseur et intendant du domaine. Ne lui disait, finalement, que peu de chose.
   
    D’autres et moi avancions ceci : la question du dualisme, soulevée entre Homme et Dieu, valait aussi bien pour Homme et Terre.
          
    Valable sujet de thèse ? Et peut-être déjà traité, qu’en savais-je et qui y avait accès ? Et transversal : linguistes, ethnologues, biologistes, théologiens, unissiez-vous ! 

    (Vous vous étiez déjà aperçus que j'inventais un nouveau temps, l’impératif imparfait ; mon rôle se bornait peut-être à cette douceur faite à la langue).
    Je répugnais à changer de paragraphe. Mais voilà qui était fait depuis tout à l’heure.
    Mon unique propos, depuis mon âge et mon jeune blog - hors de travailler mon instrument (ma langue) - n’était pas d’avancer une quelconque science - science que posséder n’était même plus désespérant, mais désormais impossible.
    Oh je sentais que je ne pouvais plus poursuivre.
    Mais que je ne clôturasse pas ma page ainsi. Certes les miens me requéraient, à commencer par le chat. Par réflexe d’élève sérieux, figuriez-vous, j’allais ranger au brouillon. Ils avaient décidément pensé à tout sur blogspot. Eh bien non. J’allais résolument exposer ces mots, après avoir soigneusement relu.   
    Mais il fallait poursuivre.  Je n’avais pas fini sur ce qu’on s’était mis soudain à appeler la PLANÈTE.

    J’étais publié en ligne ? Eh bien rien ne me faisait plus plaisir que vos commentaires, lecteurs, puisque cafés et librairies fermaient.
    

3 commentaires:

  1. Mais que j'aime aussi cela, quand vous vous étendez. Aussi goûteux dans la perle instantanée que dans la sauce allongée.

    Belle invention que l'impératif imparfait, cela manquait. Comment n'y penserai-je pas plus tôt !

    Heureusement il me reste le futur de rédemption, grâce auquel je peux m'absoudre avant que d'avoir péché.

    Peu "après" l'animisme (je mets entre guillemets pour éviter l'idée d'un trajet), je crois qu'on a connu (Moyen orient) des systèmes religieux polythéistes qui comportaient deux niveaux d'interprètes : un premier " devin " était chargé de transcrire en propos " intelligibles " (disons "grammaticalement corrects") les expressions du dieu (depuis les expressions désordonnées de l'oracle en transe) et un second interprète était chargé de déduire depuis ces propos les recommandations concrètes de comportement qu'ils comportaient, à destination du roi.
    Il y a eu sur France Culture récemment une émission passionnante là-dessus que je vais tâcher de retrouver.

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  2. Mais je m'éloigne de la terre, comme l'homo de l'humus...

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  3. Natacha, vous me pardonnerez de répondre tard à vos propos tardifs, j'espère. Juste une politese bien sûr. Sinon, le Temps (notre façon de vivre le Temps) est très malade, je sens que nous en sommes tous deux certains. Et puis, trop d'AVC, de nosocomies et de poussières par terre pour ouvrir une nouvelle unité hospitalière sur la façon de vivre le Temps. Manquerait plus que des blessés de guerre. Bien sûr je retiens votre idée du truchement, indo-européen, entre le prêtre et le roi. On oublie trop que la Rrévolution Française rappelle que le clergé était le premier des trois ordres - et non la Noblesse. 
    Pour revenir à mon propos initial et à mon développement imparfait : pourquoi, mais pourqoi la Terre est-elle devenue la Planète , soudain ? Pourquoi le second terme est-il d'un coup honorée d'une majuscule qui eût été inepte dans ma jeunesse ? J'avoue que mon post ne répond pas. Il s'était soudain agi d'une question. Aux autres, aux autres de me dire. LA PLANÈTE ? Eh bien dites-le mais pour de vrai. Et soyez à fond ce que vous dites au lieu de répéter tel ou tel lobby. Moi je ne ceserai pas d'être sur TERRE.

    Bien à vous, et autres entretiens en vue je le souhaite.    

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