jeudi 2 février 2012

SAINT-JOHN PERSE / SUPPLICATIONES



Chant pour un équinoxe


      L'AUTRE soir il tonnait, et sur la terre aux tombes j'écoutais retentir
          cette réponse à l'homme, qui fut brève, et ne fut que fracas.

          Amie, l'averse du ciel fut avec nous, la nuit de Dieu fut notre intempérie,
          et l'amour, en tous lieux, remontait vers ses sources.

        Je sais, j'ai vu : la vie remonte vers ses sources, la foudre ramasse ses outils dans les carrières désertées,
        le pollen jaune des pins s'assemble aux angles des terrasses,
          et la semence de Dieu s'en va rejoindre en mer les nappes mauves du plancton.
          Dieu l'épars nous rejoint dans la diversité.

*
(…)

*

          Sire, Maître du sol, voyez qu'il neige, et le ciel est sans heurt, la terre franche de tout bât :
           terre de Seth et de Saül, de Che Houang-ti et de Chéops.
           La voix des hommes est dans les hommes, la voix du bronze dans le bronze, et quelque part au monde
           où le ciel fut sans voix et le siècle n'eut garde,

           un enfant naît au monde dont nul ne sait la race ni le rang, et le génie frappe à coups sûrs aux lobes d'un front pur.

           Ô Terre, notre Mère, n'ayez souci de cette engeance : le siècle est prompt, le siècle est foule, et la vie va son cours.
           Un chant se lève en nous qui n'a connu sa source et qui n'aura d'estuaire dans la mort :

            équinoxe d'une heure entre la Terre et l'homme.
                                                  


                                               Saint-John Perse



A Rome, les "supplicationes" sont des cérémonies exceptionnelles, associant le peuple tout entier qui est invité à visiter les temples (d'ordinaire fermés) et adorer les statues des dieux couchées sur des coussins. Il faut entendre plutôt actions de grâces que supplications. Le glissement sémantique m'intéresse. A-t-il un rapport avec l'évolution du paganisme, où l'on cherche la faveur d'un dieu et est bien content de l'obtenir, au christianisme où la prière est plus fervente que superstitieuse ?
Les supplicationes sont décrétées notamment en l'honneur des généraux vainqueurs. Pompée obtient des supplicationes de douze jours pour sa victoire sur Mithridate. César quinze jours à la fin de la Guerre des Gaules. Les succès de César dans un pays barbare, immense et mal connu, ont de quoi impressionner; des limites mythiques ont été atteintes : le Rhin, l'Océan.
              César, La Guerre des Gaules I-II (coll. Classiques en poche, Les Belles Lettres, ad. de la note 227 p. 145).


           

         
             



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire