mardi 18 décembre 2012

LA VEILLE *

Le bavardage, le bruissement humain, je ne voulais plus les entendre. La mort d'un éléphant me touchait davantage. L'actualité, les horreurs du jour ? Lire le journal de la veille avec les horreurs de la veille que la civilisation de l'immédiat avait aussitôt oubliées m'était toujours plus instructif.  Demain la mort de quelqu'un ferait oublier les enfants morts de Newtown. L'éclatement d'une guerre en ferait oublier une autre qui continuerait. Mais la mémoire morte n'existait pas plus que le devoir de mémoire. Mémoire en veille, plutôt. Il fallait juste supporter la journée et, qui plus est, toujours inutilement courir derrière les cerveaux artificiels que nous n'avions pas hélas créés pour les domestiquer. Oui, chez tous, tout restait, tout s'entassait. Une dangereuse, celle-là, la mémoire en veille. C'est-à-dire qu'en fait on s'énervait de toutes parts, on se préparait à se battre. Pour quelle guerre ? Celle " de tous contre tous " de l'Apocalypse de Jean ? Moi, alors, j'essaierais de me cacher sous la table comme chaque fois que les conversations tournaient aux polémiques. C'était ainsi qu'en attendant, je ralentissais ma langue autant que possible pour la rendre à ma main, ma main pour la rendre à ma pensée, ma pensée pour la rendre à ma langue. Cela, contre ce à quoi nous assistions. Je tremblais trop malheureusement, mais si je n'étais exempté, la calligraphie me fût obligatoire. Quelle jolie idée de voir s'y consacrer les journalistes d'une part, les malades de la croissance d'autre part, un petit bout de langue dépassant avec application. On réécouterait une foule d'oiseaux qui restENT là, oubliés.

* Pas question de latin pour ce titre : les doubles sens de notre langue au maigre vocabulaire sont souvent si beaux (sauf pour " homme ").  


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