mardi 18 mars 2014

2. D'OU VIENT CETTE HATE ?

Toujours pour Adeline et Lucia. Quand, par exemple, votre mère est morte, vous n'êtes pas pressé. L'expérience est dure, douce, étrange. Vous pouvez, par exemple, continuer à tenir votre blog, mais vous interrompre n'importe où et reprendre le lendemain. Vous lisez moins vos statistiques, il n'y a rien d'urgent au fait d'être lu ou non. Vous vous souciez moins de la mise en page, c'est comme distrait. Vous ne vous prenez plus pour votre éditeur. Vous n'êtes pas non plus Anne Frank, les méchants ne vous attendent pas à la sortie ni dans votre réduit lui-même. Le réduit devient vaste comme l'univers. Un jour vous redeviendrez entièrement disponible aux vôtres. Et aussi au hasard d'heureuses rencontres comme celle d'Adeline et de Lucia. La seule difficulté est que les vôtres qui ont besoin de vous vous bousculent toujours trop, non par méchanceté, par nécessité plutôt car les vôtres qui vous aiment et que vous aimez appartiennent au quotidien et que c'est le quotidien qui vous bouscule, pas eux, ces amours, en tant que tels. D'ailleurs vous voulez être seul mais avec eux : vous ne pouvez pas leur demander ça quand même. Vos défauts, vos addictions, vos obsessions s'accentuent. Pour conclure cet exemple de quand votre mère est morte, cela ressemble, on le voit bien, à tout ce qui constitue une dépression, c'en est une : une dépression qui n'est pas la maladie de la dépression puisque c'est si on ne l'a pas quand votre mère est morte, ce serait ça la maladie. Les sociétés traditionnelles, sans doute, intégraient mieux le deuil dans ce qui justement constitue une société : à travers de grands comme de petits signes, voire des interdits, et surtout des durées. Après une brève avalanche de famille, une carte solennelle sur votre lieu de travail, un mot de chacun (chacun a le droit et le devoir d'un mot, y passe, et ne revient plus), vous voilà seul comme une piéta avec votre mort dans les bras. A propos de celle-ci, d'où m'est toujours venu ce trouble, presque cette gêne ? J'ai un bêtement compris un jour cette extrême violence : une mère de quinze ans porte un monsieur mort qui est son fils. Le catholicisme adore la Vierge, alors comment représenter une mère vieille fille ? Mais quel choc ! Si on interdit Lars von Trier aux moins de dix-huit ans, il faut interdire Michel-Ange aux moins de douze ans. C'est à Dominique que

2 commentaires:

  1. Merci pour ce détail sur la pietà, c'est tout à fait vrai. L'image du deuil en est toute endeuillée, comme une neige dans la rose.

    RépondreSupprimer
  2. Je crois que c'est ici qu'une virgule est en fait un point. Ou alors c'est demain. Pardonnez-moi. Si vous me lisez, c'est que ma maman m'a donné l'essentiel. Bien d'autres auraient bien davantage à se plaindre. Mais on ne va pas se plaindre, hein ? Eh bien si. La plainte est plainte de la plainte. Il lui faut juste se plaindre. On peut pas tous avoir la force folle de Poutine. Merci Jehoël , merci de me parler, il faut parler, oui, quand quelqu'un est mort. Cest peut-
    être là, justement, que les bavards qui soudain se taisent pourraient bavarder. Sinon il faut payer les pleureuses comme on paie bien les putes.

    RépondreSupprimer